30 avril 2016

Michèle Bokanowski

D’une famille de musiciens, Michèle Bokanowski lit à 22 ans À la recherche d’une musique concrète de Pierre Schaeffer et décide d’étudier la composition. Après une formation classique en harmonie, elle rencontre Michel Puig, élève de René Leibowitz, qui lui enseigne l’écriture et l’analyse d’après le Traité de Schönberg. En septembre 1970 elle entame un stage de deux ans au Service de la Recherche de l’ORTF sous la direction de Pierre Schaeffer. Parallèlement elle participe à un groupe de recherche sur la synthèse du son, étudie l’informatique musicale à la Faculté de Vincennes et la musique électronique avec Éliane Radigue. Elle compose essentiellement pour le concert : Korè, Pour un pianiste, Trois chambres d’inquiétude, Tabou, Cirque, l’Étoile Absinthe, Chant d’ombre, Enfance ; le cinéma : musique des courts métrages de Patrick Bokanowski et de son long métrage L’Ange. Elle a composé également pour la télévision, le théâtre, la danse avec les chorégraphes Hideyuki Yano, Marceline Lartigue et Bernardo Montet. Elle a réalisé un court métrage, Fenêtres.

From a family of musicians (professional side of his mother, paternal amateurs), Michèle Bokanowski reads at 22 À la recherche d’une musique concrète of Pierre Schaeffer and decided to study composition. After a classical education in harmony, she met Michel Puig, a student of René Leibowitz, who taught writing and analysis from the Traité of Schönberg. In September 1970 she began a two-year internship at the Research Service of the ORTF under the direction of Pierre Schaeffer. Meanwhile she participated in a research group on the synthesis of sound, studied computer music at the Faculty of Vincennes and electronic music with Éliane Radigue. She write primarily for the concert: Korè, Pour un pianiste, Trois chambres d’inquiétude, Tabou, Cirque, l’Étoile Absinthe, Chant d’ombre, Enfance; movies: music for short films from Patrick Bokanowski and his film L’Ange. She has also composed for television, theater, dance with choreographers Hideyuki Yano , Marceline Lartigue and Bernardo Montet. She made a short film, Fenêtres.

trAce 028 – CD – 2009
6 pages booklet
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Michèle Bokanowski

 

1-2-3. Trois chambres d’inquiétude (1976)
Musique concrète réalisée en 1975-1976 dans le studio du compositeur (Paris). Mixage final dans les studios du GMEB (Bourges, France). Création le 5 juin 1976 à Bourges, Palais Jacques Cœur, lors du 6e Festival International de Musique Expérimentale.
Première édition : Elevator Bath (USA) 2001.
4. Tabou (1984)
Musique concrète réalisée en 1983-1984 dans le studio du compositeur et dans les studios du GMEB avec les voix de Debbie Berg, Tom Berg, Peggy Frankston et le concours de Régis Pasquier, violon. orgue électrique : Michèle Bokanowski.
Première édition : Metamkine, collection « Cinéma pour l’oreille » 1992.
5. Phone Variations (1988)
Musique concrète réalisée entre 1986 et 1988 dans le studio du compositeur à partir d’enregistrements de messages entendus sur des répondeurs téléphoniques Création le 20 juin 1989 à France-Culture, dans l’émission d’Alain Veinstein, « Nuits Magnétiques ».

Coproduction : trAce label/Le culte du cargo

Après L’Ange en 2003 et Pour un Pianiste en 2005, TraceLabel continue son exploration des musiques de Michèle Bokanowski avec ce nouveau disque regroupant trois pièces composées entre 1975 et 1988. Si les deux premières ont déjà fait l’objet d’une édition discographique, la dernière, Phone Variations, est restée à ce jour inédite.
Nous retrouvons dans ce disque ce qui fait la marque du travail de Michèle Bokanowski : sons concrets, mécanismes obsessionnels, prise en compte de l’espace, mise en évidence du support par une scénarisation des coupes de montage, primauté à l’expressivité…
Avec Trois Chambres d’Inquiétude (1975-1976), les matériaux sonores minimalistes (rire d’enfant, jouets, voix de femme, respirations, machineries diverses en boucles…) se mettent au service d’une dimension narrative diffuse. La référence au titre d’une série de gravures de l’artiste danois Lars Bo confirme cette piste illustrative.
De son côté, Tabou (1983-1984) nous apparaît plus directement musical, l’espace et l’énergie s’y déploient dans un développement subtil et savant. Cette pièce, utilisée par plusieurs chorégraphes (comme Hideyuki Yano en 1985 et Marceline Lartigue en 1993), ouvrira les portes du monde de la danse à Michèle Bokanowski.
Enfin avec Phone Variations (1986-1988), les messages vocaux et les musiques d’emprunt des répondeurs téléphoniques élargissent de manière significative la matière sonore de la compositrice et permettent, dans une démarche proche du found footage, un éclairage de la dimension domestique et intime de ces messages par leur mise en scène dans l’espace musical public.
L’ensemble du disque donne à la notion de “musique sur support” toute sa dimension. En effet, la musique de Michèle Bokanowski met en œuvre une esthétique de l’analogique et de la bande magnétique, rappelant l’existence d’une musique électroacoustique d’avant le règne hégémonique du numérique et de l’ordinateur.

Pour un pianiste (1973-1974)

1. Pour un pianiste

Gérard Frémy : Piano et piano préparé

Musique électroacoustique réalisée dans le studio du compositeur et dans les studios de Bourges.
Prise de son : Studio du Groupe de Recherches Musicales, ORTF. Ingénieur du son : N’Guyen Van Tuong. Création le 28 mai 1974 à la Maison de la Culture de Bourges lors du 4e Festival International de Musique Expérimentale. Mastering 2005 : Lionel Risler.

Coproduction : trAce label/Le culte du cargo

« Cette pièce m’a été commandée par Gérard Frémy. J’ai d’abord écrit la partition des différents thèmes, motifs et cellules rythmiques. Joués au piano et au piano préparé par Gérard Frémy, ils m’ont fourni le matériau qui m’a permis de réaliser la bande magnétique. À l’exception du cluster de clavecin qui ouvre la pièce, tous les sons utilisés sont issus du piano. Il existe une autre version de cette œuvre, uniquement destinée au concert, dans laquelle une partition pour piano en direct se superpose à la bande magnétique. Pour un pianiste est dédié à Gérard Frémy. » M.B.

« L’atmosphère allait enfin se détendre avec une œuvre de Michèle Bokanowski, où l’interprète, sur un piano “préparé” à la manière de John Cage, rivalise avec une bande magnétique qui le bombarde de séquences de piano enregistrées, amplifiées en longues résonances. Une sorte de magma aux séquences brillantes mais aux couleurs souvent neuves et agréables, et dont le dynamisme secouait heureusement l’auditoire. » Jacques Longchampt, Le Monde (1979)

« Le piano et l’anti-piano, chez Bokanowski, comme chez Pousseur déjà, s’intercalent, se superposent. Éternel retour, mais univers nouveau. Mystérieuses parallèles, oppositions poignantes, musique, éternel recommencement… » Antoine Golea, Printemps Musical de Paris (1979)

« Pour un pianiste déploie toute la force brute des musiques composées uniquement pour les situations live par M.B. Frénétique et entrainante, la partition de l’œuvre fait littéralement débouler sa masse musicale dans des jeux de fulgurance structurelle où l’on retrouve les accointances de M.B. avec le travail sur les boucles et sur la répétition, ainsi que sa manière déjà très moderne à l’époque de couper et de recoller les séquences dans une approche visionnaire  de ce qu’on appellerait aujourd’hui l’échantillonnage. » Octopus (2006)

« La recette est limpide : on enregistre cellules et séquences, en préparant ou non le piano […] et Pour un pianiste devient ainsi un concerto pour piano et bande magnétique ou le pianiste se confronte à l’image déformée de son propre jeu. Le résultat est saisissant. M.B. obtient des couleurs, des timbres et des effets véritablement orchestraux. La construction formelle de l’œuvre ne fait qu’accentuer cette impression, des débuts captivants jusqu’à l’hallucinant climax ». Le Monde de la Musique (2006)

trAce 017 – CD – 2003
8 pages booklet
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L’Ange

Musique originale du film L’Ange de Patrick Bokanowski

1. L’Homme au sabre
2. La Femme à la cruche
3. Personnages dans les escaliers
4. L’Homme au bain
5. Le Reveil du Bibliothécaire
6. La bibliothèque
7. L’attaque du Château de l’Œuf
8. L’Atelier de Léonard
9. La Ruche
10. Ascension

Michèle Bokanowski : Composition
Régis Pasquier : Violon et Alto
Philippe Muller : Violoncelle
Philippe Drogoz : Contrebasse

Enregistrement, montage, mixage : Michèle Bokanowski, studio KIRA B.M. Films (1976-1979). Repiquage 35 mm : Gilbert Blanc, MAGNAPHONE. Mixage 35 mm : Paul Bertault, Elvire Lerner. Auditorium : Antegor, Auditel. Production : KIRA B.M. Films, I.N.A. (1982). Remastering : Patrick Müller.

Coproduction : trAce label/Le culte du cargo.

Sorti au début des années 1980, le film L’ANGE de Patrick Bokanowski continue à nous éblouir aujourd’hui. C’est un exemple rare de long métrage expérimental à avoir connu une carrière internationale et atteint un statut de film culte.
La musique de L’ANGE n’avait, curieusement, jamais été publiée indépendamment du film. Trace Label est heureux de réparer cet « oubli historique », tant la musique de Michèle Bokanowski est une œuvre à part entière. Cette partition nous importe car elle fait le lien entre les minimalistes américains, l’écriture contrapuntique classique et la musique concrète inventée par Pierre Schaeffer. Avec son travail sur les boucles, sa mise en scène des « coupures/collants », son emploi intensif de la technique de réinjection, Michèle Bokanowski crée une très curieuse impression de « pré-sampler archaïque ».

« D’une puissance suggestive rare et d’une constante audace, la musique de M.B. confère au film une obsédante étrangeté qui met en branle l’imaginaire de l’auditeur/spectateur. Voilà une bande infiniment originale qui passe un ensemble à cordes à la moulinette concrète et agit comme un sortilège […] Que ceux qui s’apprêtent à courir le risque de ce disque abandonnent tout espoir de quiétude. Et se préparent à voyager au bout du plus beau des enfers. » Les Inrockuptibles (2004)

«La musique de M.B. survit au film et vice-versa. Compositrice à part, travaillant en dehors des sphères machistes des studios électro-acoustiques, M.B. est une héritière directe des travaux de Pierre Schaeffer. Grande magicienne de la boucle, dans la mesure où elle sait nous la faire oublier, et des techniques analogiques. Les sons existent dans un rapport quasi-dialectique avec leur support de fixation. Le matériau principal de cette œuvre est un trio à cordes exposé dans des accumulations, des rythmiques et des morphologies complexes ; des spirales ascendantes ; des ruptures dramatiques ; un ensemble rhizomatique de liaisons et de déliaisons. Une même technique est appliquée à différents matériaux, créant une profonde unité dramatique à travers 10 parties. » Revue & Corrigée (2004)

« La musique enveloppe les bruits, les intègre, se fond à eux, formant une mer sonore qui vient recouvrir, par vagues le mutisme têtu et répétitif de ces personnages sans âge, sans époque, sans pays… M.B. a composé cette partition : une musique qui ne cherche pas à bruiter les actes des personnages, mais les émotions qui doivent courir, comme autant de frissons, le long de l’échine des spectateurs. » Libération (1982)